Pas besoin de revenir aux Aborigènes, nous pouvons tous refaire un monde avec des petits points. Un vieux Professeur russe enseignait qu'ils étaient à l'origine de tout, de la ligne, du plan, des figures. Chacun peut les coudre à sa façon, l'art est intemporel, le style appartient à tous. De fait, les petits points concentrent, attention, émotions, énergie. Ainsi ils apaisent. La minutie, la patience qu'ils exigent, empêchent les débordements. Les jeux de leurs emplacements, les vibrations de leurs couleurs divertissent. Mais c'est affaire sérieuse, car ils révèlent dans leurs entrecroisements un immense amour de la beauté, sa quête toujours insatisfaite. On nous demande toujours notre avis. D'autant plus attachants, qu'ils sont pauvres. Faits de presque rien, comme immatériels, posés dans des cadres bricolés, aussi pauvres mais désirés qu'eux-mêmes. Un art minimal, sans souci de minimalisme, mais dense, précieux, qui parle de soi comme les points sur les sables du désert de Roche Rouge racontent des histoires. Ils condensent autant la détresse accumulée d'une destinée malheureuse imposée par la fatalité de la maladie, que l'effort pour survivre dignement, même si l'art n'est pas toujours une voie d'existence bien comprise et bien admise. Petits points comme une vie à l'écart. Tableaux de points comme toujours de nouvelles révélations.