Elle crée ces toiles nées d'esquisses saisies au réveil. Apparemment sans liens, comme nos rêves. Dans une pseudo-naïveté d'historiettes ou de contes. Mais chargées d'affects, et d'un opus de mémoire sous-jacent, qui nous parle toujours de la même histoire. Formes changeantes, imprévues, fausse maladresse, brut d'inconscient, reconstruction, insatisfaction de ne pouvoir mieux saisir ces images fugaces. Au divan de la peinture, les mots sont tout aussi difficiles à trouver, le sens échappe. Mais l'œuvre est dépôt, c'est sa première fonction. Cela suffit, quand l'on a compris que la création est branchée sur ce filon nocturne inépuisable, qui toujours déborde au matin, qui plus jamais n'intoxiquera à l'intérieur au point de faire exploser les crises. Hygiène de peinture. Suivie de curiosité et d'appropriation, se mettre à travailler ce matériau, admettre cette divagation salutaire et riche. Pouvoir partager en atelier, sans jamais être orientée, la perplexité qui accompagne l'apparition de chaque nouvelle image, et créer un dialogue entre peintres pour sa réalisation. A fa fois soliloque venu d'on ne sait où, et échange devenu indispensable. Ne plus être seule face à l'étrange, livrée à la catharsis destructrice, renverser l’émotion, passer au plaisir d'un jeu sans fin.